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Noacho
7 november 2006, 20:15
Cinq siècles après la conquête européenne, l’Amérique latine recouvre son
indépendance. La région, particulièrement dans le Cône sud -du Venezuela *
l’Argentine-, rompt avec l’héritage de domination étrangère des siècles
antérieurs et avec le type de relations sociales, cruelles et
destructives, établies depuis lors.

Les mécanismes du contrôle impérial -l’intervention violente et
l’oppression économique, expériences pas si lointaines dans la mémoire
collective latino-américaine- perdent de leur efficacité, signe d’une
évolution vers davantage d’indépendance. Washington est maintenant
contraint de tolérer des gouvernements qui dans le passé auraient dû
affronter des interventions ou * des représailles.

Partout dans la région un large éventail de mouvements populaires
dynamiques jette les bases d’une démocratie réelle. Les populations
indigènes, comme dans une redécouverte de leur héritage précolombien, sont
de plus en plus actives et influentes, notamment en Bolivie et en
Equateur. Ces développements sont en partie le résultat d’un phénomène que
nous observons depuis quelques années en Amérique latine : les
gouvernements sont en effet démocratiques d’un point de vue formel,
cependant les citoyens ressentent une certaine désillusion vis-*-vis des
institutions démocratiques et ils ont donc cherché * construire des
systèmes démocratiques basés sur la participation populaire et non sur la
domination des élites ou de l’étranger.

Une explication convaincante a été apportée par le politologue argentin
Atilio Borón. Il a en effet fait observer que cette nouvelle vague de
démocratisation avait coïncidé avec des « réformes » économiques demandées
de l’étranger qui ont affaibli la démocratie effective. Dans un monde
d’Etats-nations, il est vrai, par définition, que déclin de la
souveraineté signifie déclin de la démocratie, et déclin de la marge de
décision locale pour les politiques sociales et économiques. Les faits
historiques montrent aussi que la perte de souveraineté a systématiquement
mené * l’imposition de la libéralisation, bien entendu dans l’intérêt de
ceux qui ont le pouvoir d’imposer ce régime économique et social.

Il est éclairant de comparer les dernières élections présidentielles dans
le pays le plus riche du monde et dans les pays les plus pauvres de
l’Amérique du sud. Lors de l’élection présidentielle états-unienne de
2004, les électeurs avaient le choix entre deux hommes nés dans la
richesse et les privilèges, qui sont allés en cours dans la même
université d’élite, qui ont fait partie de la même société secrète, où les
jeunes gens sont préparés * intégrer la classe dirigeante ; et ils étaient
en mesure de participer * l’élection parce qu’ils avaient, en gros, le
soutien des mêmes puissants secteurs privés. Leurs programmes étaient
similaires, conformes aux besoins de leurs bases : le monde de la richesse
et des privilèges.

Voyons, au contraire, la Bolivie et l’élection d’Evo Morales en décembre
dernier. Les électeurs étaient très au courant des thématiques, des sujets
très importants, comme le contrôle de la nation sur le gaz naturel, ou sur
d’autres ressources, propositions largement soutenues par la population.
Les droits des indigènes, les droits des femmes, les droits * la terre et
les droits * l’eau, telles étaient les thématiques politiques, parmi de
nombreuses autres. La population a choisi une personne issue de ses
propres rangs, et non un représentant d’un étroit secteur privilégié.

Ce nouveau surgissement pourrait permettre * l’Amérique latine de mettre
un terme * ses graves problèmes internes. La région est bien connue pour
la rapacité de ses classes aisées, par ailleurs complètement libres de
toute responsabilité sociale. Les études comparées du développement
économique de l’Amérique latine et de celui de l’Asie orientale sont très
révélatrices sur ces questions. Sur la question de l’équité sociale,
l’Amérique latine est proche du plus mauvais résultat * l’échelle
mondiale, l’Asie orientale du meilleur. La même chose se passe pour
l’éducation, la santé, et pour tout le social en général.

Les économies de l’Amérique latine ont également été davantage ouvertes *
l’investissement étranger que l’Asie. La Banque mondiale rapporte que les
investissements étrangers et les privatisations ont eu tendance *
substituer les autres flux de capitaux en Amérique latine, transférant
ainsi le contrôle de l’économie et envoyant les profits * l’étranger, * la
différence de l’Asie. Par contre, les nouveaux plans socio-économiques en
cours en Amérique latine modifient un schéma qui remonte * la conquête
espagnole -avec des élites et des économies reliées aux puissances
impériales, mais sans liens entre elles.

Evidemment ce changement est très mal perçu * Washington pour des raisons
bien connues : Les Etats-Unis comptent sur une Amérique latine qui doit
rester pour eux * la fois un fournisseur sûr de ressources et un marché
qui offrent des opportunités aux investisseurs. Et comme les
planificateurs l’ont longtemps signalé, si cet hémisphère échappe * tout
contrôle comment les Etats-Unis peuvent-ils espérer confronter la défiance
ailleurs ?

--
Noacho