MOSCOU (Reuters) - Boris Kouznetsov, un avocat ayant bâti sa réputation lors de procédures contre l'Etat russe, a quitté son pays après l'émission d'un mandat d'arrêt �* son encontre pour divulgation de secrets d'Etat.
Depuis, des procureurs de Moscou ont ouvert une enquête criminelle sur lui.
Kouznetsov a déclaré �* Reuters cette semaine dans un lieu tenu secret, en Europe, qu'il était la dernière victime en date d'une campagne de répression contre les avocats lancée sous la présidence de Vladimir Poutine.
En 2005, des procureurs avaient demandé en vain que les avocats de l'ancien milliardaire Mikhaïl Khodorkovski, magnat du pétrole, se voient retirer leur statut d'avocat pour avoir tenté de "saboter" une audience en appel.
Kouznetsov estime quant �* lui que la procédure lancée �* son encontre constitue une "vengeance" pour avoir osé défier des membres influents des services de sécurité et, notamment, du FSB (ex-KGB). Un porte-parole du FSB s'est refusé �* tout commentaire.
"Les avocats sont le dernier bastion avant le désordre russe qui prospère en l'absence d'un système judiciaire fonctionnant normalement et indépendant", a-t-il dit.
"Les avocats qui ne se taisent pas, les avocats qui refusent de se soumettre, les avocats qui adoptent une position humanitaire, les avocats qui défendent les gens sont mis mal �* l'aise."
Kouznetsov est devenu l'un des avocats les plus connus de Russie en défendant des hommes politiques, des chercheurs et des gens ordinaires dans des affaires sensibles où il a souvent dû affronter des représentants de l'autorité.
POLITKOVSKAÏA, LES MARINS DU KOURSK
Il a notamment représenté la famille de la journaliste Anna Politkovskaïa, assassinée en octobre dernier, et le directeur en Russie de l'ONG Internews, qui défend les médias, Manana Aslamazyan, qui a quitté la Russie en avril après avoir été accusé de contrebande.
Kouznetsov a aussi défendu les familles de marins décédés dans l'accident du sous-marin nucléaire Koursk en 2000. Il a tenté sans succès de faire annuler les conclusions de l'enquête officielle sur la catastrophe.
Plusieurs avocats de premier rang se sont plaints de faire l'objet de pressions quand ils défendaient des clients face �* l'Etat et aux services de sécurité.
Mais Kouznetsov juge simpliste d'accuser le Kremlin. Selon lui, il s'agit plutôt d'un climat mis en place par d'anciens membres des services secrets qui pensent pouvoir agir en toute impunité sous Poutine.
"Je ne crois pas que le Kremlin ait donné l'ordre de mettre la pression sur les avocats. Je ne le crois vraiment pas", dit-il.
"Il y a des gens des services secrets, dans les services de sécurité, qui pensent que si le président est un ancien officier du KGB ils peuvent faire ce qu'ils veulent."
Le dernier dossier défendu par Kouznetzov, celui de l'ancien sénateur du Conseil de la Fédération Tchakhmakhtchian, lui a valu des ennuis car il a fourni �* la Cour constitutionnelle des preuves de mises sur écoute illégales.
Les procureurs affirment qu'il a enfreint la loi sur les secrets d'Etat. Pour Kouznetsov, les secrets d'Etat cessent de l'être quand ils mettent au jour une violation des droits de l'homme ou un abus de pouvoir.
Pour Genri Reznik, président du barreau russe, les accusations visant Kouznetsov ne tiennent pas la route.
"C'est soit de la vengeance soit de la stupidité. C'est absurde au plan légal", a déclaré Reznik �* Reuters.
"Ou alors les espions qui ont lancé ça savent quelque chose que nous ignorons et ont eu le feu vert pour agir en-dehors de la loi."
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